Communauté Syriaque Orthodoxe de France (Religieux - Culturel - Historique)

 

Le Tur Abdin, berceau des syriaques

Le Tur Abdin n'est pas vraiment ce que l'on peut appeler une montagne. C’est plutôt une arrête de 80 kilomètres de longueur qui court de l'ouest à l'est, à cheval sur la frontière entre la Turquie et la Syrie : un plateau élevé et accidenté sur son flanc nord (Turquie) et une plaine basse et plate du coté sud (Syrie). Deux villes importantes délimitaient autrefois chaque extrémité de l'arrête. A l’ouest se trouvait Dara , une fortification romaine et à l’est Serwan où le château de Tur Abdin était situé. Au sud, se trouvait Nisibe , une ville célèbre à la fin du quatrième siècle pour son université chrétienne et pour ses milles jardins. Aujourd'hui, elle est située au sud de la Turquie en Haute Mésopotamie et s'étale de Hasankeyf au nord, Nusaybin au sud, Mardin à l'ouest et Cizre à l'est.

En 879 avant Jésus Christ, le roi Assurnasirpal II fait allusion à cette arrête en l'appelant le mont Kashiari (Kašiari). A cette époque déjà, c'était une région riche et réputée pour ses vignoble de qualité, son bétail, ses moutons et ses fourneaux à produire du bronze. C’était aussi une région ou les armées pouvaient s'approvisionner en vivres abondantes et en matériel lors de leurs campagnes militaires. Les romains, les perses, les grecs, les turcs et les kurdes occupèrent à un moment ou un autre de l’histoire cette montagne.

Tur Abdin signifie littéralement "la montagne des serviteurs de Dieu", en référence aux moines qui vécurent dans les quelques centaines de monastères fondés dans la région après le quatrième siècle. D’autres régions aussi connurent un essor monastique. Au 5ème siècle, il y avait 300 monastères dans la montagne d'Urhoy (Edesse), hébergeant près de 90.000 moines. Dans la monastère de Saint Mathieu(Mor Mattai) à l'est de Mossoul, il y avait 12.000 moines. Au siècle suivant, le nombre de moines dans la monastère de Mar Basos près de Homs en Syrie atteignait 6.300. Il est admis que le nombre de moines et de nonnes syriennes pendant cet âge d'or atteignit le nombre fabuleux de 600.000. Parmi les moines et les ermites syriens les plus célèbres, on trouve: Saint Mathieu l'ermite, Saint Jacob de Nisibe, Saint Barsoumo et Saint Simeon le Stylite.

Quand le monachisme a surgi au quatrième siècle en Mésopotamie, la région était un lieu idéal pour y implanter des monastères. Elle était au cœur d'un carrefour militaire et culturel stratégique, mais assez à l'extérieur pour satisfaire aux besoins de solitude des moines. De même, elle était assez proche de Nisibe, un important foyer chrétien, mais assez loin pour permettre à des moines d’y mener une vie monastique dans une paix relative. Cette position stratégique valut aux moines d’être courtisés par les différents empereurs et de tirer financièrement bénéfice de généreux cadeaux pour la construction et l’embellissement des monastères.